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Thierry CRIGNON

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La petite histoire du Fusain

Historique

La petite Histoire du fusain

De tous les matériaux, le charbon de bois est fort probablement le plus ancien utilisé en dessin. Malheureusement, sa nature éphémère, due à la friabilité du produit, ne permet pas de connaître l’ampleur de sa diffusion.

Ce n’est en effet qu’à partir du 15e siècle que des exemples, plutôt rares, il faut le dire, et souvent dans un piètre état, nous sont parvenus; la conception même du fusain, longtemps considéré comme un matériau « pauvre », tant par les artistes que par les collectionneurs, n’encourage pas sa conservation.

Certaines références historiques permettent toutefois de retracer l’usage du fusain, par exemple dans les mythes antiques, comme celui de l’origine du disegno : Pline, dans son Histoire naturelle, raconte comment la fille du potier Butades de Sicyone, amoureuse d’un jeune homme sur le point de quitter Corinthe, traça sur le mur, avec le charbon, le contour de l’ombre de son visage projetée par la lumière d’une lanterne. On pense aussi au Gygès lydien qui, assis près du feu, dessine son ombre sur le mur, ou encore à Apelles qui, grâce au trait rapide que permet le fusain, fait un portrait devant Ptolémée.

Plus concrètement, des traces de charbon ont été retrouvées dans les dessins des murs de Pompéi.

Le mot fusain, qui renvoie autant aujourd’hui au moyen technique qu’à l’œuvre exécutée par son entremise, entre dans le vocabulaire français dès le 12e siècle. Il désigne, depuis, le bois d’un arbre originaire du Japon utilisé au cours de l’antiquité pour faire des fuseaux.

Mais ce n’est qu’à partir de 1704 que le terme est employé pour désigner le « charbon fait avec le bois, dont on se sert pour dessiner ».

Avant cette date, depuis environ 1120, le mot utilisé est charbon, du latin carbo qui est synonyme de « charbon de bois, ce qui résulte de la combustion ».Déjà, dans les textes médiévaux, on parle du « charbon à usage graphique ».

En 1549, le verbe charbonner signifie « dessiner au charbon, au fusain ». C’est finalement en 1635 que le terme charbon passe dans le langage des arts graphiques comme un produit servant à dessiner.

La majorité des premiers fusains de la Renaissance sont confectionnés avec le bois de saule. Enfin, c’est ce que nous laissent supposer des auteurs tels que Cennini, Lommazo et Baldinucci. Toutefois, Borghini conseille plutôt le tilleul. Meder ajoute que les moines grecs se servaient de bois de noyer et de myrte coupé à la hachette et aiguisé au couteau, tandis qu’au 18e siècle, certains fusains sont préparés avec le bois de prunier ou de bouleau.

La fabricationLa petite histoire du fusain

Au cours des siècles, les artistes procèdent selon la méthode apprise des fabricants professionnels de charbon, méthode simple et efficace. Cennini décrit la procédure telle que prescrite au temps de Giotto et qui reste sensiblement la même jusqu’à nos jours : « Les paquets [de baguettes de bois] formés, lie-les ensemble à trois endroits, dans le milieu et à chaque extrémité, avec du fil de cuivre ou du fil de fer fin. Aie un pot neuf, mets-en dedans tant que le pot soit plein, mets le couvercle et ajoutes-y de la terre glaise afin que l’intérieur ne puisse en aucune façon s’évaporer ». Le contenant doit être hermétiquement clos pour éviter que le bois brûle et se transforme en cendres.

Cennini rapporte deux modes de cuisson :

« Alors va-t-en le soir au boulanger quand il a fini son ouvrage (c’est-à-dire quand il a fini de cuire son pain), mets ce pot dans le four et laisse-l’y jusqu’au matin. Le matin tu regarderas si tes charbons sont bien cuits; s’ils ne l’étaient pas, tu les remettras au four jusqu’à ce qu’ils le soient ».

Le second mode suppose le même type de contenant en terre, posé sur les braises d’un four et recouvert de cendre le temps d’une nuit.

Enfin, Borghini présente une troisième façon de préparer le fusain à partir du tilleul qu’il enferme dans une boîte de fer puis met à cuire.

La plus grande difficulté réside dans le degré de cuisson : un manque de cuisson laisse des irrégularités, alors qu’une trop grande cuisson entraîne soit une dureté excessive, soit une extrême fragilité du bâtonnet. Afin de déterminer si le bois est carbonisé à point, l’auteur du Livre de l’art conseille de dessiner avec un des morceaux de bois sur un parchemin, un papier ou un panneau préparé pour vérifier qu’il adhère bien au support. Si tel est le cas, il est prêt; sinon, il est probablement trop cuit.

Une fois refroidi selon des conditions bien définies, le fusain est prêt à être utilisé. Celui qui préfère un contact direct avec la matière le tient directement dans sa main, tandis que celui qui veut éviter de se salir peut l’insérer dans un roseau ou encore l’attacher à une baguette de bois

Aparté

Depuis la fabrication de fusain comprimé en industrie, l’artiste a le choix entre le charbon de bois « artisanal » ou un produit manufacturé d’une meilleure densité et d’un noir plus concentré

Alors que le fusain, en raison de sa dureté, laisse la trace inégale, parfois très concentrée, parfois transparente, parfois effacée, de particules tombant dans le grain du papier, la pierre se dépose en tas sur les grains du papier, en entraînant la saturation. C’est l’amalgame faible du pigment qui se brise facilement et lui donne un plus grand caractère couvrant. À l’oeil nu, ces distinctions sont aisément perceptibles, peut-être moins lorsque le fusain est en plus grande concentration

Les conseils des maîtresLa petite histoire du fusain

Avant la cuisson, Cennini recommande de tailler le bois à une des extrémités, « comme des fuseaux ». Toutefois, la pointe du fusain s’émousse rapidement et on peut supposer que les artistes ne la taillent généralement pas afin d’utiliser à leur avantage la facture large de l’instrument, comme le font si bien les Vénitiens du 16e siècle.

Contrairement à la pointe de métal, le fusain permet certaines variations dans le trait et dans la texture, selon la teneur en carbone du bois brûlé, l’inflexion de la main de l’artiste et les frottis qu’il réalise. Sa trace est grisâtre et d’un aspect plutôt froid et terne, ce qui le distingue de la pierre noire d’un noir intense et velouté. Selon Béguin, le plus grand inconvénient du fusain est sa fragilité. Plus il est tendre, plus il est friable; il glisse alors aisément sur le papier et donne un trait foncé et soutenu. Une certaine dureté permet une plus grande précision dans le trait, mais l’instrument accroche alors aux aspérités du papier.

Son coût

Enfin, le travail au fusain engendre des coûts moindres à l’artiste qui peut utiliser un papier grenu et de qualité médiocre, car le matériau adhère difficilement à un papier trop lisse.

Article Thierry Crignon©

Thierry

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